On a vu dans le précédent article que les impôts et taxes avaient fortement progressé en France de 1995 à 2017.
Récemment l’institut Eurostat a publié le palmarès du taux des recettes fiscales (incluant cotisations sociales nettes) rapporté au PIB, pour tous les pays de la Communauté Européenne. Et la France est la première du groupe avec 48,4% (moyenne européenne de 40,2%).
Ceci est vrai, mais entrons un peu plus dans le détail pour voir ce qui se cache derrière ces chiffres.
Que représente ce pourcentage en Mds d’Euros et quelles sont les destinations de ces prélèvements?
Les pays européens ayant une disparité, à la fois de PIB et de population, il est intéressant de ramener ces chiffres à un coût par habitant, en ventilant par grande nature des dépenses par destination.
Voici ce que donne la ventilation des prélèvements obligatoires en Euros par habitant :
| Allemagne | France | Royaume Uni | Italie | Espagne | |
| Prélèvements obligatoires /Habitant | 17 165 € | 18 357 € | 13 079 € | 13 748 € | 10 650 € |
| Institutions Européennes | 85 € | 76 € | 74 € | 65 € | 62 € |
| Gouvernement Central | 9 027 € | 6 903 € | 12 377 € | 7 555 € | 6 081 € |
| Gouvernement local | 1 399 € | 2 238 € | 628 € | 1 945 € | 1 019 € |
| Sécurité sociale | 6 654 € | 9 141 € | 0 € | 4 183 € | 3 488 € |
| Pays Bas | Belgique | Portugal | Grèce | |
| Prélèvements obligatoires /Habitant | 18 316 € | 20 068 € | 10 419 € | 10 246 € |
| Institutions Européennes | 186 € | 297 € | 56 € | 49 € |
| Gouvernement Central | 10 934 € | 12 601 € | 7 115 € | 7 133 € |
| Gouvernement local (Collectivités Territ.) | 748 € | 1 103 € | 791 € | 245 € |
| Sécurité sociale | 6 448 € | 6 067 € | 2 457 € | 2 819 € |
Si on classe les 9 pays que nous avons l’habitude de suivre régulièrement sur ce blog, en fonction du niveau des prélèvements obligatoires, en Euros par habitant, la France passe en seconde position (très proche des Pays Bas), après la Belgique qui est en tête avec un écart de + de 7% par rapport à la France.
| Classement des prélèvements obligatoires/habitant | ||
|
1 |
Belgique |
20 068 € |
|
2 |
France |
18 657 € |
|
3 |
Pays Bas |
18 316 € |
|
4 |
Allemagne |
17 165 € |
|
5 |
Italie |
13 748 € |
|
6 |
Royaume Uni |
13 079 € |
|
7 |
Espagne |
10 650 € |
|
8 |
Portugal |
10 419 € |
|
9 |
Grèce |
10 246 € |
Quelle part de ces prélèvements va au financement des gouvernements (central et local) ?
La ventilation par nature des dépenses en fonction de leur destination, nous permet de refaire le classement en ne considérant que le coût des gouvernements (central et local – c’est à dire les collectivités territoriales). Dans ce classement la France passe au 6ème rang, suivie des pays du sud de la Communauté Européenne, à savoir le Portugal, la Grèce et l’Espagne (la moins coûteuse à ce niveau-là).
Notons au passage que la France est première pour ce qui concerne le coût du gouvernement local, notre pays ayant opté pour une décentralisation importante depuis des décennies. La France se situe en effet à 2238€ par habitant, comparée à l’Allemagne qui est à pratiquement 1400€, alors que ce pays a également une gouvernance régionale importante.
| Classement par coût du gouvernement (central & local) | ||
|
1 |
Belgique |
13 704 € |
|
2 |
Royaume Uni |
13 005 € |
|
3 |
Pays Bas |
11 682 € |
|
4 |
Allemagne |
10 426 € |
|
5 |
Italie |
9 500 € |
|
6 |
France |
9 141 € |
|
7 |
Portugal |
7 906 € |
|
8 |
Grèce |
7 378 € |
|
9 |
Espagne |
7 100 € |
Quelle part de ces prélèvements va au financement de la sécurité sociale ?
Le tableau suivant est très éclairant sur la raison fondamentale du haut niveau de nos prélèvements obligatoires. Dans ce classement la France prend la première position, et de loin (37% de plus que l’Allemagne en deuxième position) sur les autres pays.
Plus de 9000€, soit 49% des prélèvements obligatoires sont destinés au financement de notre sécurité sociale (santé, retraites, chômage, aides sociales, etc.). La France est donc championne à ce niveau-là, et c’est ce qui fait sa particularité au sein de l’Europe.
| Classement par coût de la sécurité sociale | ||
|
1 |
France |
9 141 € |
|
2 |
Allemagne |
6 654 € |
|
3 |
Pays Bas |
6 448 € |
|
4 |
Belgique |
6 067 € |
|
5 |
Italie |
4 183 € |
|
6 |
Espagne |
3 488 € |
|
7 |
Grèce |
2 819 € |
|
8 |
Portugal |
2 457 € |
|
9 |
Royaume Uni |
0 € |
Comment réduire notre taux de prélèvements obligatoires ?
L’engagement d’Emmanuel Macron est de réduire de 1 point (donc passer de 48,4% à 47,4%) le taux des prélèvements obligatoires en France d’ici la fin de son quinquennat.
La tentation est grande de trouver cette réduction dans le coût de la protection sociale, parce qu’elle est particulièrement coûteuse, et parce qu’elle est une exception française au sein de l’Europe.
Les réformes à venir, à la fois du système de retraite et de la protection et de l’accompagnement des chômeurs, seront donc à suivre de très près, pour que les réformes génèrent des économies par une meilleure organisation et une meilleure gestion, et non par une trop grande perte de protection sociale.
Par ailleurs, même si la protection sociale est le poste le plus important au niveau des prélèvements obligatoires, il ne faut sous-estimer les économies qui sont faisables, et qui doivent être faites, au niveau du gouvernement, et donc de la fonction publique et des institutions. Notamment en réorientant les efforts sur les services publics qui ont des besoins criants (hôpitaux, police, pompiers, justice par exemple), et en réduisant le coût des autres secteurs d’intervention de l’état, au travers d’une gestion plus efficace, et plus économe au niveau des moyens.
Conclusion
Il est nécessaire de réduire le taux des prélèvements obligatoires en France. Sans les ramener à la moyenne européenne de 40,2%, du fait de notre spécificité au niveau de la protection sociale, un objectif de 45% devrait être possible.
L’action des « gilets jaunes », qui est le fait le plus marquant du ras-le-bol fiscal des français, ne doit pas être l’occasion pour nos gouvernants de s’orienter vers une régression sociale sous prétexte de réduction rapide de nos prélèvements.
Il va falloir « veiller au grain », et faire en sorte que la réduction des dépenses financées par les prélèvements obligatoires garde comme objectif la justice sociale et la protection des plus démunis.








Votre commentaire