Je me souviens que lorsque j’ai commencé à travailler, au début des années 80, j’ai reçu la visite d’un commercial de la société SWISS LIFE qui voulait me faire souscrire un plan d’assurance-vie/retraite de capitalisation dont le coût mensuel correspondait à 10% de mon salaire net. Il m’assurait que loin de toucher les 50% de mon dernier revenu lorsque je partirai à la retraite je serai sans le sou, ou presque, si je ne prenais pas mes dispositions dès ma première année de travail salarié.
J’ai calculé récemment mon taux probable de remplacement (% de ma pension nette perçue à la retraite par rapport à mon dernier salaire net d’activité) et il devrait avoisiner les 59%.
Il est un fait que la retraite constitue, pour les Français interrogés dans le cadre de l’Eurobaromètre, l’un des trois problèmes majeurs auxquels le pays est confronté et elle figure en seconde position parmi leurs problèmes rencontrés à titre personnel.
Ce classement diffère selon les pays, mais dans nombre d’entre eux (Finlande, Suède, Royaume-Uni, notamment), la préoccupation personnelle vis-à-vis de la retraite est presque aussi fréquemment mentionnée qu’en France. Ces pays semblaient pourtant avoir en partie résolu la question des retraites au plan collectif. Dans ces pays, de même qu’en Allemagne ou aux Pays-Bas, la retraite ne figure pas au tout premier plan dans la hiérarchie des préoccupations personnelles. Elle est souvent précédée de celles portant sur le système de santé ou le système éducatif, c’est-à-dire des domaines qui relèvent des institutions et d’une forme de solidarité collective.
Mais au fait combien toucherez-vous à la retraite ?
Au fil des réformes, il devient de plus en plus difficile de répondre à cette question, car les projections s’appuient sur différents scénarios et les montants varient en fonction de nombreux paramètres (homme, femme, privé, public, niveau de rémunération…).
Le taux de remplacement qui désigne donc le pourcentage de son revenu d’activité que conserve un salarié lorsqu’il fait valoir ses droits à pension de retraite est fonction du nombre de trimestres cotisés et de l’application éventuelle d’un coefficient de minoration appelé décote (ou, le cas échéant, d’un coefficient de majoration appelé surcote).
Une seule chose est sûre : ce taux de remplacement, qui permet de comparer le montant des premières pensions avec les derniers salaires d’activité, devrait baisser dans l’avenir, en raison de l’allongement de la durée de cotisation, qui devrait conduire de plus en plus de salariés à ne pas bénéficier de l’intégralité de leurs droits, mais aussi en raison des moindres revalorisations des droits à la retraite et des pensions, qui impacteront les revenus des personnes ayant cessé leur activité.
Aujourd’hui, le taux de remplacement médian en France est estimé à 74 % par les pouvoirs publics (en réalité il serait plus près de 70%). Pour un salarié non cadre, il peut monter jusqu’à 80 %, alors qu’il est légèrement inférieur à 60 % pour un cadre (je me situe donc bien dans cette moyenne !). Selon diverses projections, ce taux devrait passer à 63 % pour les salariés de la génération née en 1977, et à 44,5 % pour les cadres. Plus le salaire est élevé et plus le taux de remplacement est faible et le sera encore plus demain.
Et que se passe-t-il ailleurs qu’en France ?
En Allemagne, le taux de remplacement passera en 2030 à 64 % contre 70 % en 2010.
En Grèce et en Islande, il est supérieur à 90 %.
En Italie, il s’élevait à 80 % du salaire et a été réduit pour certaines catégories qui avaient un taux de 100 % (!).
Aux Pays-Bas et en Espagne il est de 82 %.
Au Danemark, il est de 75 %.
Dans la moyenne des pays de l’OCDE il est de 58 %.
En Angleterre et aux États-Unis, il est inférieur à 30 % en raison de l’existence d’importants systèmes de retraite par capitalisation.
Est-ce grave docteur ?
Reste à ne pas trop paniquer face à ces chiffres.
Tout d’abord, le salaire pris en compte est généralement le plus élevé de toute la carrière. Il s’agit donc d’une base défavorable par rapport à la retraite, alors que si l’on compare les pensions avec les revenus d’activité à 50 ans, par exemple, l’écart est beaucoup moins fort.
Pour les salariés du secteur privé, le taux de liquidation est de 50 %, ce taux s’appliquant à un salaire moyen calculé sur les 25 meilleures années. Cependant, ce taux ne tient pas compte de la (ou les) pension(s) complémentaire(s), qui peuvent représenter une part élevée de la pension totale.
Pour les fonctionnaires, le taux est de 75 %, et s’applique en outre sur le traitement indiciaire des 6 derniers mois. Si ce calcul peut paraître plus avantageux, il faut cependant noter qu’il ne prend pas en compte les primes, qui représentent en moyenne 20 % de la rémunération des fonctionnaires ; il faut en outre relever qu’une pension complémentaire des fonctionnaires (RAFP) a été créée qu’en 2003 mais ne représente encore que de faibles montants ; ainsi, la pension de base représente encore l’essentiel de la pension totale des fonctionnaires.
Et qui va payer ma retraite ?
Dans le système de retraite par répartition ce sont les cotisations des actifs qui servent à payer les pensions de ceux qui sont à la retraite. Donc le rapport entre les actifs et les retraités doit être regardé de très près.
Le ratio cotisants/retraités de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV) rapporte l’effectif des cotisants du régime général à celui des retraités. Au 1er juillet 2012, en France métropolitaine, le nombre de retraités du régime général s’élève à 13,0 millions pour environ 18,3 millions de cotisants, soit un rapport de 1,39 cotisant pour un retraité. Cette valeur s’inscrit dans une tendance générale à la baisse du ratio depuis 1970, imputable au plus fort dynamisme de la croissance des effectifs de retraités relativement à celle des cotisants.
La tendance générale est celle d’une baisse du ratio de dépendance démographique depuis 30 ans, ponctuée de quelques épisodes de rebond.
Au début des années 1960, ce ratio était supérieur à 4. Depuis, la dépendance des populations de retraités aux actifs cotisants a augmenté continûment jusqu’en 1997, passant de 3,80 à 1,54 entre 1970 et 1997, soit une baisse de 2,3 points du ratio en presque 30 ans.
Le taux d’emploi : faiblesse française
Le taux d’emploi, rapport entre la population active employée et la population en âge de travailler, est une variable qui permet de considérer une base de cotisants assurant les recettes des régimes de retraite. Avec 64,7% des 15-64 ans, la France se situe 2 points en-dessous de l’Union européenne. L’écart est net avec les pays du nord de l’Europe, alors que ce taux est très inférieur pour l’Italie et à peine supérieur pour l’Espagne.
Toutefois, la France se distingue surtout par un taux d’emploi des jeunes et des seniors très en retrait par rapport à la moyenne de l’UE-15. L’écart concernant les seniors contribue à la fois à abaisser le nombre de cotisants et à augmenter le nombre de retraités. A l’horizon de 2060, les projections de taux d’emploi pour la France et les autres pays de l’UE-15 ne permettent pas de combler cet écart.
Les retraités actuels relativement favorisés en France
Cette dégradation du ratio actifs cotisants/retraités a une incidence d’autant plus forte sur l’équilibre financier des régimes de retraite que le niveau des prestations est élevé au regard des salaires.
Qu’il s’agisse du niveau de vie relatif des plus de 65 ans ou du taux de remplacement agrégé calculé comme le rapport entre les revenus de pensions des 65-74 ans et les revenus d’activité des 50-59 ans, la France est l’un des trois pays de l’Union européenne où la situation est la plus favorable pour les retraités.
C’est ce double effet, du nombre de cotisants et du montant moyen des pensions qui détermine les dépenses collectives de retraite et le déficit de financement qu’elles engendrent.
Les prestations, variable d’ajustement de la démographie
La tendance à l’augmentation du poids des retraites dans le PIB est observable dans l’ensemble des pays européens, à l’exception de la Suède. Cette évolution agrège les effets de plusieurs facteurs : la démographie, le taux de couverture de la population âgée, le taux d’emploi et le rapport pension/salaire.
Cette évolution potentielle vers plus d’un cinquième de la richesse nationale qui serait consacrée à la retraite illustre bien l’ampleur du mouvement démographique qui est à l’œuvre. Cette projection intègre d’ores et déjà de nombreuses mesures programmées pour limiter l’effet de la démographie sur le demi-siècle à venir : la hausse du taux d’emploi, la baisse de la part de la population âgée bénéficiant de pensions et, surtout, la baisse du rapport pension/salaire.
De fait, en France comme dans la plupart des pays de l’Union européenne, les taux de remplacement sont déjà durablement orientés à la baisse à horizon 2050.
Implicitement, un premier arbitrage a déjà été rendu : la préservation du pouvoir d’achat des actifs a pris le pas sur le niveau de vie des retraités.








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