Depuis trois semaines que nos ondes publiques sont muettes, ou plutôt exclusivement musicales, je me suis demandé quelle serait la vie sans les chaines radios du groupe Radio France.
Quitte à écouter de la musique enregistrée, diffusée à longueur de journée, je suis allé le faire sur les radios qui diffusent des musiques que j’aime, et il y en a beaucoup. Pour les infos j’ai fini, en tâtonnant, par trouver une radio privée qui me donne une information claire que j’aime écouter le matin au réveil… et donc adieu à France Info, dont je dois dire que le caractère répétitif de l’information commençait à me peser.
Dans la voiture, mes chaines publiques préenregistrées ont laissé place à d’autres chaines privées que j’ai découvertes à cette occasion.
Bilan de tout cela : pourrais-je vivre sans les chaines de radio publiques si elles venaient à disparaître ? La réponse est oui. La nature a horreur du vide, et l’offre de radios étant pléthorique il y a l’embarras du choix pour satisfaire ses oreilles et son esprit. Europe 1 et RTL, pour ne citer que ces deux-là, suppléent grandement France Inter ou France Info par exemple.
Mais Radio France c’est aussi deux orchestres (national et philharmonique), un chœur et une maîtrise, totalisant plus de 360 musiciens. Eux aussi en grève…de musique. Heureusement qu’en matière de grande musique l’offre de spectacles, et l’offre tout court d’enregistrements sur les nombreuses plateformes de téléchargement, sont là aussi pléthoriques.
Alors, me suis-je demandé, pourquoi les salariés d’un groupe radiophonique de l’ampleur de Radio France (FIP, France Bleu, France Culture, France Info, France Inter, France Musique, et Mouv’ pour les radios, et les ensembles musicaux déjà cités), qui a un chiffre d’affaires annuel de plus d’un demi-milliard d’euros (dont 90% proviennent de la redevance), a décidé de se saborder en se mettant en grève reconductible ?
Est-ce à cause du plan de réduction des effectifs qui envisage le départ volontaires de 300 personnes et une réduction des dépenses de 50 millions d’€ par an, ceci afin de combler le déficit d’une vingtaine de millions d’€ et permettre à Radio France d’avoir un avenir ? Cela paraîtrait disproportionné pour un groupe qui emploie de manière permanente plus de 4300 personnes, sans compter les nombreux CDD et intermittents du spectacle.
Serait-ce parce que les avantages des salariés de Radio France sont insuffisants ? 56,5 jours de congés par an (en incluant les RTT) pour les personnels administratifs et techniques, 68 jours pour les journalistes, 700 heures par an de travail pour les musiciens (loin des 1100 heures prévues par la convention collective), primes et indemnités de fonction qui s’ajoutent aux salaires de base, heures supplémentaires pour un tiers des salariés, et en sus quelques avantages en nature dénoncés par la Cour des Comptes. Et bien entendu des sureffectifs dans beaucoup de services : par exemple plus de 100 personnes au service communication, mais aussi 582 techniciens du son auxquels s’ajoutent 150 chargés de réalisation dont les autres radios (privées) ont supprimé de nombreux postes, rendus inutiles par le passage au numérique de la production.
Je vais arrêter là cette énumération, presque sans fin. La Cour des Comptes a souligné que tous ces avantages sont réservés aux salariés en CDI, et pas aux nombreux employés précaires (CDD, pigistes, intermittents du spectacle,…). Au final, le volume de travail d’un salarié en CDI est « environ un tiers inférieur à celui d’un CDD ».
Alors non ce n’est pas de ce côté-là qu’il faut chercher les raisons de cette grève. Mais plutôt du côté du « mal français » qui veut que ceux qui sont protégés (par leur statut, ou des années d’abandon de tout pouvoir des politiques et/ou de leur hiérarchie, ou simplement parce qu’ils ont un job qui est sûr – et c’est vrai même dans le privé) estiment que tout leur est dû et qu’aucune réforme n’empiètera sur les acquis sociaux, sur le confort pris dans le travail, sur les avantages catégoriels, et j’en passe.
Ajoutez à cela qu’il suffirait d’augmenter la redevance de seulement 4 à 5%, en euros constants, pour que l’équilibre soit retrouvé. Alors pourquoi se priver d’une grève ?
Et nous pourquoi ne pas faire aussi la grève de l’écoute une fois qu’ils auront repris le travail ? Cela ne nous coûtera rien de plus, puisque de toute façon nous le finançons déjà, ce sera notre luxe à nous, notre danseuse, …








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