Alors oui… Parlons de l’Ukraine

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Mon billet d’humeur a faussement utilisé le sujet de l’Ukraine pour parler de la sélectivité et de la pauvreté de l’information dont nous sommes abreuvés chaque jour.

Mais parlons un peu de l’Ukraine dont l’actualité est passée au dernier rang de nos préoccupations, du moins si l’on s’en réfère aux sujets majoritairement traités par les médias audiovisuels français.

Rappelez-vous, nous en étions restés, en février dernier, à la rencontre de Minsk, entre les membres du quartet « Normandie » (Russie, Ukraine, France et Allemagne) et à l’accord MINSK II signé par les membres de ce « Format Normandie » et les représentants des rebelles. Cet accord étant destiné à mettre en place un vrai cessez-le-feu, contrairement à l’accord MINSK I (du 5/09/2014) qui avait été un échec. La responsable de la diplomatie européenne, Madame Federica MOGHERINI, a estimé à cette époque que le résultat de cette rencontre était positif mais insuffisant. Elle a déclaré : « le premier pas consiste à mettre en vigueur le cessez-le-feu. Ensuite des efforts internationaux devront être déployés, jour après jour, y compris par l’Union Européenne conjointement avec l’OSCE (Organisation pour la  Sécurité et la Coopération en Europe) et le Conseil de l’Europe, pour que la situation évolue dans le bon sens. »

Alors où en sommes-nous aujourd’hui ?

L’accord de MINSK II prévoyait : l’échange de prisonniers et la libération de l’ensemble des otages retenus; le retrait des armes lourdes du front pour instaurer une zone tampon de 50 à 140 kilomètres (en fonction du type d’armes); un cessez-le-feu immédiat à partir du 15/02/2015 à 0 heure; le retrait des troupes étrangères et des mercenaires étrangers engagés dans la zone de conflit; l’amnistie pour les personnes en rapport avec les évènements survenus dans certaines zones des régions de Donetsk et de Lougansk; les modalités de la tenue d’élections dans les zones « autonomes », selon les lois ukrainiennes, pour légitimer, au moins temporairement, l’exercice d’une autonomie locale; la garantie de la sécurité et de l’accès à l’aide humanitaire; le rétablissement des rapports sociaux-économiques (notamment versement des pensions et autres prestations); de permettre à l’Ukraine de reprendre le contrôle de ses frontières; et enfin de mettre en œuvre une réforme constitutionnelle (d’ici fin 2015) avec comme élément clef une décentralisation pour tenir compte des spécificités de certains arrondissements de Donetsk et de Lougansk.

Vaste accord donc qui, s’il était appliqué, permettrait d’apporter des solutions à la crise ukrainienne. Cependant beaucoup de ces points n’ont, soit pas été appliqués en temps prévu (cessez-le-feu par exemple), soit devaient être définis au travers de groupes de travail communs. Et c’est là que le bât blesse…

Il y a trois jours, à Erevan, la France a demandé à la Russie d’avancer dans la mise en place de cet accord, et notamment par la mise en place des groupes de travail dont le lancement est resté, jusqu’à ce jour, lettre morte.

Cessez-le-feu :

Depuis la signature de l’accord de MINSK II des combats, devenus sporadiques, se sont poursuivis sur la ligne de conflit. Sur ce plan l’accord a eu un succès « relatif ». Depuis quelques semaines les combats se sont de nouveau intensifiés (par exemple avec le bombardement très intense du village stratégique de Chirokiné ce dimanche 26 avril). Moscou a continué de renforcer les « rebelles » ou « autonomistes », comme on veut, avec des armes lourdes. Les Etats Unis dénoncent l’attitude de la Russie et l’accusent de ne pas appliquer correctement l’accord. Cependant du côté américain, comme du côté européen, on s’interdit à armer l’Ukraine dont les moyens militaires sont insuffisants face à ceux apportés par la Russie aux rebelles.

L’OSCE, chargé de faire respecter le cessez-le-feu, a donc fort à faire et constate les nombreux cas de non respect. Comme par exemple le signalement de 11 chars, 4 transports de troupes blindés, et des unités d’infanterie, à 15 kilomètres au nord de Chirokiné, au moment du bombardement de cette ville, tenue par l’armée ukrainienne.

Les Etats Unis, et le Royaume Uni, ont, depuis le mois de mars dernier, envoyé quelques troupes en Ukraine : un bataillon de 600 parachutistes pour les américains, et des troupes anglaises accompagnés de blindés. Dans le même temps les Etats Unis ont renforcé leur présence militaire, notamment en blindés, dans les états baltes (100 chars supplémentaires en Lettonie) et d’autres pays de l’Est (dont la Roumanie et la Pologne) membres de l’OTAN. C’est la première consolidation américaine de ses forces en Europe depuis 25 ans !

La Russie n’est pas en reste. 38 000 soldats on été par exemple mobilisés pour des manœuvres de grande envergure dans l’Arctique, 8 000 artilleurs ont été envoyés en Crimée, et la flotte du Nord, la plus puissante des quatre flottes de la marine russe, a été mise « en capacité de combat ».

On assiste donc a une véritable démonstration de force, d’un côté russe, et de l’autre américaine, soutenue par les britanniques. Au milieu de tout cela, sous l’impulsion de la France et de l’Allemagne, le Conseil de l’Europe essaie de faire avancer l’accord de MINSK II, avec un succès plus que relatif jusqu’à aujourd’hui.

On voit que les enjeux sont considérables. Certains affirment que les américains veulent se confronter à la Russie sur le territoire européen, et que les tentatives européennes sont vaines pour empêcher cela. Quoi qu’il en soit, à ce jour, chacune des parties, a freiné, autant que faire se peut, l’escalade  des mesures trop hostiles, et le dialogue reste encore ouvert.

Et du côté de Kiev ?

Le gouvernement ukrainien, issu de la révolution de Maïdan, en février 2014, se débat contre les rebelles mais aussi contre la crise économique.

Il y a un mois le président Porochenko a fait arrêter, en plein Conseil des Ministres, le directeur des services d’Etat pour les situations d’urgence (!) ainsi que son adjoint, et poussé un puissant oligarque (3ème fortune d’Ukraine) à démissionner de son poste de gouverneur, dans le cadre de la lutte anti-corruption. Et il y a urgence, car le pays est en effet plongé dans une crise économique profonde qui constitue l’autre front important du pays, après celui de la guerre sur ses frontières de l’est.

Le gouvernement ukrainien doit des milliards de dollars à divers investisseurs, basés notamment aux Etats Unis et en Grande-Bretagne (est-ce un hasard ?). Mais aussi à la Russie, qui avait prêté 3 milliards en 2013, et qui compte être intégralement remboursée.

Le FMI, l’Union Européenne, et la plupart des créanciers vont faire tout ce qu’ils peuvent pour aider l’Ukraine à s’en sortir. Le FMI a versé une tranche de 3 milliards de dollars mi-mars 2015 et elle doit statuer sur une deuxième tranche d’ici la fin du mois de juin prochain. En échange de cette aide l’Ukraine doit tenter de mener à bien des réformes (lutte contre la corruption par exemple), mais aussi trouver un accord avec ses créanciers, parmi lesquels on trouve cinq sociétés d’investissements américaines (et au tout premier rang le fonds américain Franklin Templeton).

L’économie ukrainienne est à bout de souffle, avec une dette publique en explosion (94% du PIB en 2015 contre 40% en 2013), une inflation galopante, et une monnaie (la Hryvnia) qui a divisé sa valeur en dollar par trois en un peu plus d’un an.

Si la dette ukrainienne n’est pas négociée avec les créanciers, ces derniers seront en cessation de paiement, et l’Ukraine sera exclue des marchés financiers internationaux pour un certain temps.

En conclusion, il n’est pas bon d’être ukrainien en ce moment… Quant à nous, nous ne pouvons pas nous désintéresser de ce pays, parce qu’il est à nos frontières, et parce que notre sécurité est en jeu de manière grave en cas de montée du conflit entre les Etats Unis et la Russie. Il faudra notamment surveiller les prochaines élections américaines et les positions des candidats sur le sujet ukrainien.

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Je suis aujourd’hui retraité mais j’ai occupé, tout au long de ma vie active, des postes de dirigeants dans plusieurs sociétés françaises et étrangères. Cela m’a permis de voyager dans le monde entier, de rencontrer des cultures différentes et d’être confronté à des modèles de pensée et des visions économiques différentes.

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