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L’Espagne de retour…

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La crise mondiale survenue en 2008-2009 a affecté durement l’Espagne. Comme pour les autres pays de la communauté européenne, la crise a commencé dans le deuxième semestre 2008 et a été surtout profonde dans les années qui ont suivi.

Les chiffres en témoignent : pendant la période 2003-2007 la croissance moyenne du PIB espagnol a été supérieure à 3% par an. En 2008 on assiste à une chute avec une croissance de « seulement » un peu plus de +1%, suivie d’une descente aux enfers en atteignant -3,7% en 2009. De 2010 à 2013 la croissance du PIB va être négative, au mieux étale à 0% (en 2010). Elle retrouve des couleurs en 2014 à +1,4% et c’est une croissance supérieure, autour des 2,4%, attendue pour 2015.

Tout a commencé par la chute des prix sur le marché immobilier. Dans les années 2000 la croissance du pays a été en grande partie tirée par l’essor de la construction. Mais l’Espagne a trop construit et le marché s’est brutalement retourné en 2008. Dans les années qui ont suivi, les prix ont chuté d’un quart, voire de 50% pour les produits les plus difficiles. On comptait à cette époque près d’un million de logements vacants. Dans le même temps, le chômage a explosé. En partie à cause de l’importance du secteur du bâtiment pour le marché de l’emploi (50% de plus que la moyenne dans la zone euro). Mais aussi parce que l’Espagne présentait un des marchés du travail les plus rigides au monde. Aux côtés de contrats d’intérim et à durée déterminée très flexibles, existait un contrat de type CDI très protecteur. Par exemple, les entreprises devaient demander une autorisation avant de réduire les heures de travail de ses employés.

Pour le gouvernement de droite de Mariano RAJOY c’est la politique d’austérité qui a payé, et aujourd’hui il annonce la « fin du cauchemar » pour l’économie espagnole : exportations en forte hausse, objectif de déficit public de 2015 qui devrait être respecté, financement de la dette à des taux extrêmement bas, aidé en cela par la politique monétaire de la BCE, et une consommation espagnole qui repart à la hausse. Avec même du côté immobilier une petite reprise depuis 2014, même si ce marché ne sera probablement pas assaini avant 2018.

Pour obtenir ces résultats, il a fallu augmenter fortement les impôts, tailler dans les dépenses publiques, donner de la flexibilité aux entreprises privées sur la gestion des effectifs, et, en plus, drastiquement baisser les salaires. Un seul mais important point noir, le chômage qui reste élevé (autour de 24%), même si on assisté en 2014, et ce pour la première fois depuis 2008, à la création d’un demi-million d’emplois, et sans doute autant à venir en 2015.

Face à cette politique d’austérité, comme dans les autres pays d’Europe, des mouvements de protestation se sont manifestés. En Espagne le mouvement des « indignés » a donné naissance à un nouveau parti, PODEMOS (« nous pouvons » en français), nom qui rappelle bien entendu le « Yes, I can » de Barack OBAMA. Ce mouvement anti-austérité, né à Madrid en 2014, bat des records de popularité. Après avoir récolté 8% aux élections européennes de mai 2014 (5 députés du parti ont été élus au parlement européen) alors que le mouvement venait seulement de se créer, il est arrivé en troisième position lors des élections régionales d’Andalousie en mars 2015. Troisième, avec 15% des voix, derrière le parti socialiste (+ de 35% des voix) dont l’Andalousie est un bastion, et le parti populaire (de Mariano RAJOY) actuellement au pouvoir (environ 27% des voix).

Quel avenir pour ce nouveau parti ?

Dirigé par un jeune et charismatique professeur de sciences politiques, Pablo IGLESIAS, ce nouveau mouvement, ouvert et participatif, redonne le goût de la politique et est un lieu d’intenses débats. En face les partis traditionnels, le PSOE (parti socialiste espagnol) et le parti populaire (conservateurs), sont secoués par les scandales financiers de fraude et de corruption et perdent sans cesse du terrain. Les habituels abstentionnistes, les déçus, surtout de gauche mais également une frange de droite, rejoignent le mouvement PODEMOS. On assiste donc à une recomposition du paysage politique espagnol, suite à la crise économique mondiale.

Pour les prochaines élections législatives (qui doivent se tenir d’ici le 20 décembre 2015) certains sondages donnaient PODEMOS vainqueur avec 22,5% des voix, contre 20,2% pour le PSOE et 18,6% pour les conservateurs du parti populaire. Mais, sur ce chemin victorieux se dressent deux obstacles : les problèmes internes du mouvement, et l’émergence d’un autre nouveau parti, centriste lui, CIUDADANOS (les Citoyens) avec 18,4% des voix selon les mêmes sondages.

PODEMOS a été créé par un petit groupe de professeurs de sciences politiques de l’université madrilène de la Complutense, très proches de l’extrême gauche.  Fin avril 2015, Juan Carlos MONEDERO, le numéro 3 de la direction du parti, a annoncé sa démission. MONEDERO, pilier de l’aile gauche du parti, est considéré comme le cerveau politique du mouvement. Cette démission est le reflet des tensions internes, entre les réformateurs qui veulent changer sans révolutionner, et les autres, plus proches de l’esprit « du 15 mai 2011 » qui a vu la naissance du mouvement des indignés. Les partis traditionnels en profitent pour pilonner PODEMOS qui se trouve en difficulté. Ceci d’autant plus que MONEDERO, depuis des années, conseillent de nombreux pays sud-américains, dont le Venezuela, au travers de Chavez et de son successeur, en encaissant des revenus très élevés (on parle de plus de deux millions d’€), comme il l’a lui-même reconnu.

Face à PODEMOS le nouveau parti CIUDADANOS est le fruit d’une réaction citoyenne, qui a pour origine la Catalogne, mais qui s’est étendue à toute l’Espagne. En Catalogne, le mouvement s’est créé en riposte aux nationalistes identitaires qui depuis 25 ans essaient d’imposer un état indépendant catalan alors que CIUDADANOS considère que cette région est plurielle et diverse. Et en parti espagnol parce qu’il n’existait pas, dans l’espace électoral, un centre gauche non nationaliste. CIUDADANOS considère que la politique espagnole de ces dernières années, faisant la part belle aux régions autonomes, n’est pas un modèle à suivre, et qu’il faut s’opposer aux changements statutaires à venir qui ont pour but de donner encore plus de conditions meilleures aux partis nationalistes.

On voit donc bien que l’Espagne, tout en étant de retour, va revenir changée, à la fois économiquement et politiquement, après ces dures années de crises. C’est un phénomène auquel on a assisté également en 1936 en Europe, après la célèbre crise de 1929. Aux mêmes causes, les mêmes effets…

SYRISA en Grèce, PODEMOS et CIUDADANOS en Espagne, le Front National, et plus modestement le Parti de gauche, en France,… Le développement de tous ces mouvements, qui émergent face à la politique d’austérité de cette dernière décennie, est à suivre. Espérons que notre vieille Europe saura faire fasse aux défis à venir et surmonter les difficultés, à la fois économiques et politiques, pour se régénérer et redonner espoir dans l’avenir à ses citoyens.

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