A un an des échéances présidentielles les idées s’affrontent sur la politique énergétique que la France doit mener dans les prochaines années.
Avec les risques induits par le réchauffement climatique, et ses effets que nous commençons à ressentir, il devient urgent de prendre position sur notre façon de produire et consommer l’énergie dans les prochaines décennies de façon à préserver notre planète.
Plus spécifiquement français, le débat tourne également autour de la présence, et du maintien ou non, de l’énergie nucléaire comme source d’énergie à utiliser par les générations futures. Il est ainsi déclaré que la part du nucléaire doit tomber en-dessous des 50%, mais certains disent que cela est utopique, ou même qu’il faut maintenir, voire accroître, la part de l’énergie nucléaire.
Par le titre de cet article j’ai voulu afficher directement l’idée que je veux défendre ici, à savoir le développement des énergies renouvelables.
Mais commençons par faire un point sur la situation actuelle, et par bien définir le sujet dont on parle.
Le point sur le mix énergétique français
Le terme de mix énergétique (ou bouquet énergétique) désigne la répartition des différentes sources d’énergie primaire dans la consommation énergétique finale d’une zone géographique donnée. Il inclut les énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon), le nucléaire, les déchets et les diverses énergies renouvelables (biomasse, éolien, géothermie, hydraulique et solaire).
Ces énergies primaires sont utilisées pour produire de l’électricité, des carburants pour les transports, de la chaleur ou du froid pour l’habitat ou l’industrie.
Pour chaque région ou chaque pays, la composition du mix énergétique dépend :
- de la disponibilité des ressources exploitables sur le territoire ou de la possibilité d’en importer ;
- de l’ampleur et de la nature des besoins énergétiques à couvrir ;
- des choix politiques qui découlent du contexte historique, économique et social, démographique, environnemental et géopolitique.
Le mix énergétique de la France est stable depuis le milieu des années 2000, avec environ 40 à 45 % de nucléaire, environ 30 % de pétrole, 15 % de gaz, autour de 8 % d’énergies renouvelables (hydraulique et autres) et 4 % de charbon.
Notons que les chiffres des bouquets énergétiques sont différents de ceux de la consommation finale d’énergie.
En effet, une partie importante des énergies primaires est absorbée dans les opérations de transformation en énergies secondaires, notamment en électricité.
Ainsi, en 2014, l’électricité représentait 22 % de la consommation finale en France, contre 45 % pour les produits pétroliers raffinés (les combustibles) et 20 % pour le gaz. La part des énergies renouvelables, cette même année, était de 10%.
La consommation de l’énergie finale se décompose par secteur de la manière suivante :
Premières constatations :
– La part du nucléaire est inférieure à 50% si l’on considère la totalité de la consommation d’énergie finale française.
– Les transports, le chauffage et l’industrie sont fortement consommateurs de pétrole, énergie fossile éméttrice de CO².
Ne pas confondre mix énergétique et mix électrique
Le mix énergétique ne doit pas non plus être confondu avec le « mix électrique » (celui auquel font référence les politiques quand ils parlent de la part du nucléaire).
Le mix électrique définit la part du thermique, du nucléaire ou encore de l’hydraulique et des autres énergies renouvelables dans la production d’électricité. De ce fait, il n’intègre pas les problématiques liées à l’énergie des transports et à de larges secteurs de l’industrie.
Le mix électrique se compose de toutes les énergies que la France utilise pour créer l’électricité mise à la disposition de son réseau public de distribution de l’énergie électrique.
Il est essentiel de comprendre que ce mix électrique varie à chaque minute de la journée et qu’il est rarement le même d’une journée sur l’autre. Cela dépend des consommations réelles des français, de la météo, de la saison…
Le mix électrique a peu évolué depuis une quinzaine d’années (un peu plus d’énergies renouvelables mais à peine), plus de 75% de la production française d’électricité est d’origine nucléaire. C’est unique en Europe (un peu comme le problème du chauffage électrique d’ailleurs). Aucun autre pays ne permet que sa production d’électricité soit à ce point dominée par une seule et même énergie.
Le choix nucléaire a été fait dans les années 70 et, depuis, la production électrique française repose essentiellement sur cette source énergétique peu émettrice de CO² mais particulièrement dangereuse.
Donc, quand le débat politique porte sur la réduction de la part du nucléaire à moins de 50% à l’horizon 2025 et 30% en 2030 (engagement de François Hollande), on parle dans les faits du mix électrique, soit des 22% dans la consommation totale d’énergie primaire en France.
Premières constatations :
– Parler de baisser, de manière conséquente, la part du nucléaire dans le seul mix électrique paraît moins utopique qu’il n’y parait à première vue.
– L’enjeu est très important si l’on veut progressivement, dans le futur, passer nos moyens de transport de l’énergie pétrolière à l’énergie électrique. L’électricité utilisée pour recharger les batteries sera issue de ce mix électrique. Donc l’effort de développement des énergies renouvelables devra être plus important si la consommation électrique est en croissance.
Un mix électrique 100% renouvelable ?
En 2013, l’ADEME (Agence De l’Environnement et de la Maitrîse de l’Energie) publiait ses visions énergétiques et climatiques à l’horizon 2030-2050, montrant des voies possibles pour atteindre des objectifs ambitieux en 2050, grâce à une division par 2 de la consommation énergétique et à un déploiement massif des énergies renouvelables.
Ces deux éléments ont nourri les objectifs fixés par le Président de la République, puis adoptés par le parlement dans la Loi sur la Transition énergétique en faveur de la croissance verte.
L’ADEME a publié fin 2015 les résultats d’une étude d’une nature différente, relative à l’exploration technique du déploiement des énergies renouvelables (EnR) au sein du mix électrique : à l’instar des travaux du NREL (Laboratoire National pour les Energies Renouvelables américain) de 2012, étudiant un scenario 100 % EnR aux USA, il s’agit ici d’une étude scientifique à caractère prospectif et exploratoire et non pas d’un scenario politique.
Les mix électriques envisagés restent en effet théoriques, puisqu’ils sont construits ex nihilo, et ne prennent pas en compte la situation actuelle, ni le scénario pour arriver au résultat.
Alors pourquoi une telle étude ?
En imaginant un mix électrique jusqu’à 100 % renouvelable, l’ADEME permet qu’une hypothèse jusqu’ici impensable pour la majorité des acteurs devienne une hypothèse techniquement possible, ceci sans en sous-estimer les conditions nécessaires, qu’il s’agisse des aspects techniques, économiques (dont notamment le coût supportable par la collectivité) ou encore l’acceptabilité sociale : l’étude a justement pour but de mettre en lumière les freins ainsi que les mesures à mettre en oeuvre pour accompagner une politique de croissance massive des EnR électriques.
L’étude vise également à identifier les limites au-delà desquelles la faisabilité technique serait impossible ou le coût pour la collectivité non supportable.
L’ADEME joue ainsi un rôle de précurseur : savoir parfois questionner ce que l’on croit a priori impossible, pour ouvrir le champ des possibles. Cela permet ensuite à l’ensemble des acteurs de revisiter cette question et d’intégrer les résultats de cette étude dans leur perception de l’avenir pour construire ensemble des visions du futur.
Cette étude a été lancée en 2013 avec l’ambition d’analyser la capacité du réseau électrique à assurer l’équilibre offre-demande, au pas horaire, si la part des EnR était massivement augmentée.
Les principaux résultats de cette étude sont les suivants :
— Plusieurs mix électriques sont techniquement possibles pour satisfaire la demande chaque heure de l’année avec 80 ou 100% d’énergies renouvelables ;
— Le développement de la maîtrise de la demande d’électricité, ainsi que la maîtrise de la pointe, sont des conditions essentielles : sans elles, quel que soit le mix intégrant notablement des EnR, le coût du système électrique n’est pas maîtrisé ;
— Le coût des technologies doit continuer à baisser, surtout pour les technologies les moins matures, afin de permettre un mix équilibré entre les différentes filières de production d’électricité. Cette baisse de coût peut s’envisager grâce au progrès technologique mais également via la mise en place de conditions de financement appropriées pour les énergies renouvelables ;
— L’acceptabilité sociale est cruciale pour permettre la réalisation d’un nouveau mix électrique sur le terrain, dans les meilleures conditions : complémentarité entre productions domestiques et productions centralisées, interconnexion renforcée par le réseau électrique, redistribution des revenus générés par la production d’énergie…
Ces résultats apparaissent suffisamment robustes pour pouvoir nourrir la réflexion des acteurs.
Conclusion :
La transition énergétique nécessite de l’innovation dans tous les secteurs : la production et la consommation d’énergie ainsi que la gestion et la régulation des réseaux y ont toute leur place. Au regard des enjeux climatiques, les transformations à réaliser sont nécessairement majeures et ne peuvent se concevoir comme de seuls ajustements des systèmes existants : Henry Ford aimait à rappeler que s’il avait demandé aux gens ce qu’ils voulaient, ils lui auraient répondu des chevaux plus rapides…
Bref, à chacun de prendre sa part – chercheurs, experts, acteurs publics, acteurs économiques, société civile, consommateurs – pour modifier en profondeur ses pratiques et rendre possible un véritable déploiement des EnR, assis sur une efficacité énergétique poussée et des réseaux profondément adaptés.
On a vu plus haut que l’électricité ne représente qu’un quart de la consommation d’énergie en France. Aussi les meilleurs moyens de rendre notre système énergétique plus durable dans son ensemble résulteront d’une analyse globale et non de l’examen séparé de chaque vecteur (électricité, gaz, produits pétroliers, chaleur).
Ces dernières années, des progrès technologiques significatifs relatifs aux énergies renouvelables ont été observés. De nombreuses études s’accordent ainsi sur des hypothèses de projections de coûts des EnR affichant une forte décroissance d’ici à 2050.
Des investissements massifs dans les énergies renouvelables, au travers de subventions publiques ou d’investissements directs de groupes publics, seraient le minimum pour donner une vraie impulsion au développement des énergies renouvelables. Cela permettrait à ce que l’objectif annoncé pour la transition énergétique soit tenu, et que cela ne reste pas une simple promesse électorale.











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