Le sujet d’aujourd’hui me concerne plus particulièrement puisque j’aurai 60 ans ce mois-ci, et que je suis au chômage depuis plusieurs mois.
Les chasseurs de têtes auxquels j’ai adressé mon CV il y a quelques mois ne m’ont pas caché la difficulté de « placer » un senior aujourd’hui (certains recevant des directives de leurs clients pour ne proposer leurs postes qu’au moins de 50 ans..), et la quasi-impossibilité à plus de 60 ans.
Avec le passage de la retraite de 60 à 62 ans, et bientôt à 63 ans, il semble que nous serons des légions, en attente chez Pôle Emploi, avant de recevoir une pension de retraite.
Quel est le constat chiffré aujourd’hui et quels remèdes à ce fléau ?
Le point sur le chômage des seniors début 2016
Le constat est simple : Le chômage des plus de 50 ans explose. Depuis mai 2012, le nombre de Français de 50 ans et plus au chômage (catégories A, B et C) a grimpé de 46%! Alors qu’en Allemagne, le taux de chômage des seniors est repassé de 10,9% en 2007 à 4,9% en 2015. Et si l’on remonte plus loin dans le temps (présidence précédente), on est passé de moins de 500.000 chômeurs de plus de 50 ans, en 2008, à plus d’un million aujourd’hui, soit une progression supérieure à 100% !
Depuis la dernière grande crise de 2007-2008, les seniors sont donc venus régulièrement, et de manière quasi discontinue, peupler le rang des chômeurs.
Quelles mesures ont été prises ces dernières années ?
D’abord sur le plan de l’âge de départ à la retraite, la réforme de 2010 avait déjà abouti à repousser l’âge légal de deux ans : de 60 à 62 ans ou 63 à 65 ans, pour ceux qui n’ont pas cotisé les 43 annuités nécessaires.
En parallèle, afin d’éviter que les entreprises ne se séparent de leurs salariés âgés, le gouvernement a démantelé les dispositifs de pré-retraites publics et les niches fiscales et sociales des pré-retraites privées. Il a également imposé une pénalité, de 1% du montant des rémunérations versées aux salariés, aux entreprises qui ne signaient pas d’accords en faveur de l’emploi des seniors.
Les résultats sont-ils au rendez-vous ?
Selon les chiffres du Conseil d’orientation des retraites (COR) en 2014, le taux d’emploi des 55-59 ans a fortement progressé, atteignant 68 % (contre 56% en 2008). Idem pour les 60-64 ans, dont 25% sont toujours en activité (contre 16% en 2008). Les entreprises auraient donc joué le jeu, arrêtant de licencier massivement leurs salariés quinquagénaires. Ce n’est qu’une apparence statistique.
En effet, si la France a rattrapé son retard au sein de l’Europe pour le taux d’emploi des 55-59 ans, elle reste très en dessous des niveaux européens pour les 60-64 ans et n’a pas réussi à significativement allonger la vie active. Surtout, le chômage des seniors s’est accru plus vite que pour les autres catégories d’âge depuis 2008. C’est la suppression des dispositifs de pré-retraite qui a fait mathématiquement augmenter le taux d’emploi, mais parallèlement le nombre de seniors au chômage a explosé.
L’OCDE, dans son rapport « Mieux travailler avec l’âge en France » souligne pudiquement que « la transition de l’emploi à la retraite est particulièrement précoce et problématique pour de nombreux seniors ». Seul un salarié sur deux est passé directement de son emploi à la retraite entre 2008 et 2011. Cela signifie que les autres (45%) connaissent le chômage ou des dispositifs intermédiaires de sortie de l’emploi. « Après 55 ans, le marché du travail est caractérisé par d’importantes sorties d’emploi », reconnaît même le très néolibéral Institut Montaigne, dans son enquête sur l’emploi des seniors.
La cause ?
Les seniors, dont les salaires ont progressé tout au long de leur carrière, sont souvent jugés trop chers tandis que, à l’aune des critères de rentabilité immédiate, ils deviendraient moins productifs avec le temps. « Alors que les seniors sont tout à fait capables de s’adapter – y compris au numérique –, le monde du travail a tendance à considérer leurs compétences comme obsolètes, analyse Serge Guérin, sociologue et auteur de Vive les vieux ! Cela tient aussi au fait que les entreprises peinent à investir sur les seniors en terme de formations. »
Un tiers des salariés vulnérables sont mis à la porte après 50 ans
Les salariés âgés accèdent moins fréquemment que leurs cadets à la formation. En 2006, environ un tiers des salariés âgés de 50 ans et plus ont déclaré avoir suivi une formation au cours des 12 derniers mois, contre la moitié des salariés plus jeunes.
En outre, la pénibilité du travail n’étant pas gérée au fil de la carrière, les salariés concernés s’épuisent plus rapidement. La pénibilité concerne près d’un salarié sur trois, selon l’enquête Santé et itinéraire professionnel de 2007. Les personnes de 50 à 59 ans, qui ont été durablement exposées à de conditions de travail difficiles, sont alors moins souvent en bonne santé : une sur quatre se déclare limitée dans ses activités quotidiennes du fait d’un problème de santé, contre une sur six pour les autres salariés du même âge.
Quand la rupture conventionnelle remplace les pré-retraites
La rupture conventionnelle semble devenir le mode privilégié par les sociétés pour encourager les salariés quinquagénaires à partir. En moyenne, 16% des fins de CDI pour licenciement sont des ruptures conventionnelles. Leur part dépasse les 25 % pour les salariés âgés de 58 à 60 ans. « Il y a un alignement des intérêts des acteurs (salariés comme entreprises) qui fait du départ anticipé des seniors un acte globalement consensuel », analyse l’Institut Montaigne. Un « alignement » qui se fait souvent sous la pression de l’employeur et qui se traduit par un accord avec l’employé pour une sortie anticipée. Comme les plus de 50 ans bénéficient de trois ans d’indemnisation au lieu de deux, les allocations chômage permettent souvent de faire la jonction avec la retraite à taux plein à 62 ans. « Ce ne sont rien de moins que des pré-retraites déguisées », résume Anne Sonnet, responsable seniors de l’OCDE.
Le traumatisme du chômage de longue durée
Une fois au chômage, le risque principal est que la situation s’enlise. « Tout le monde peut se retrouver au chômage, analyse Gérard Cornilleau, économiste à l’OFCE. Mais quand on est senior, parfois dès 50 ans, on tombe dans une trappe dans laquelle il est très difficile de sortir : le chômage de longue durée. »
En clair : si les entreprises ne licencient plus massivement les seniors, ils ne les recrutent pas non plus. Tandis qu’en 2007, les plus de 55 ans ne représentaient « que » 8% des chômeurs très éloignés de l’emploi, ils correspondaient en 2013 au quart (24%) de cette catégorie. Quel senior n’a pas entendu, de la part d’un chasseur de têtes ou lors d’un entretien « Vous connaissez trop de monde dans votre secteur, vous êtes trop qualifié pour le poste », ou simplement n’est jamais rappelé ?
Dans le cas d’un chômage de longue durée qui pèse tant sur les finances que sur le moral, la retraite représente alors un soulagement.
Création d’entreprise : une solution réservée aux cadres qui en ont les moyens
Souvent la solution face à la réticence des entreprises à recruter des seniors est, pour ces derniers, la création de sa propre entreprise.
Mais devenir un créateur d’entreprise quand on est un « senior chômeur » n’est pas à la portée de tous. Les ouvriers et employés au chômage ne disposent pas des ressorts et des réseaux d’un cadre. Ceux qui peuvent compter sur la solidarité de leur famille et, surtout, de leur conjoint ont plus de chance de réussir. Ce qui signifie que leurs proches doivent aussi en avoir les moyens. La solidarité privée succède alors à celle, publique, de la société. De quoi encore renforcer les inégalités.
Enfin créer sa propre entreprise demande toujours une prise de risque, quelques années pour stabiliser son chiffre d’affaires et assurer une bonne couverture sociale via le RSI malgré sa complexité. Aussi vaut-il mieux tenter l’aventure en début de cinquantaine plutôt qu’en fin.
Conclusion :
Cette situation de chômage des seniors s’explique notamment par les politiques de l’emploi menées en France à partir des années 70, et durant les 30 années qui ont suivi. Les pouvoirs publics et les partenaires sociaux ont préféré privilégier le retrait des seniors du marché du travail, afin de favoriser l’emploi des autres tranches d’âges.
L’abaissement de l’âge de la retraite de 65 à 60 ans, conjugué à la mise en place de dispositifs de départs à la retraite anticipée, ont eu pour effet d’abaisser considérablement le taux d’emploi des seniors.
Un retournement s’est produit à la fin des années 90. En effet le vieillissement de la population et l’allongement des durées de vie, le coût du financement des retraites, ainsi que l’objectif fixé par l’Union européenne d’atteindre un taux d’emploi de 50 % parmi les 55-64 ans, sont autant d’éléments qui ont conduit à un changement de paradigme dans les politiques de l’emploi des seniors.
Les réformes menées ont eu pour effet d’accroître considérablement le taux d’emploi des seniors (+ 7 % en 10 ans). Cependant, dans le même temps, on a vu que le taux de chômage des travailleurs de cette catégorie d’âge a connu une hausse rapide.
L’emploi des seniors fait aujourd’hui l’objet d’une mobilisation importante de la part de l’Etat, des Régions et des partenaires sociaux, à travers divers dispositifs visant à inciter les employeurs au maintien dans l’emploi ou à l’embauche de seniors, à prévenir la pénibilité, à améliorer l’accès des seniors à la formation, ou à encourager le prolongement de l’activité après l’âge légal de départ en retraite.
Néanmoins le processus sera long pour changer les habitudes des employeurs, et face au chômage des jeunes, tout aussi, si ce n’est plus préoccupant, les priorités sont peut-être ailleurs..








Votre commentaire