Dans le précédent article nous avons vu en quoi consistait l’Intelligence Artificielle, ainsi que les nombreuses applications que nous pouvions en attendre.

Cependant l’une des limites de l’expansion de l’IA est la vitesse de traitement des données en temps réel. Plus on lie d’appareils sur un même réseau, plus on les analyse et plus on traite de la donnée. Bien entendu les entreprises font usage du Cloud pour traiter de gros volumes de données, mais pour traiter un grand nombre de données en temps réel, provenant de différents appareils ou supports (Hardware), le réseau 5G se révèle indispensable.

Qu’est-ce que la 5G ?

Pour faire simple, on peut parler d’un débit d’Internet rapide et particulièrement performant avec des taux de latence largement inférieurs à ceux que l’on connaît aujourd’hui. En bref, c’est une connexion d’une qualité exceptionnelle.

En plus de l’Internet mobile, « l’ultra » haut débit de la 5G favorisera l’essor de l’agriculture intelligente et des objets connectés. Tablettes, téléphones et ordinateurs pourront bien sûr y être connectés, mais aussi casque de Réalité Virtuelle, véhicule, etc.

On voit dans le petit graphique ci-dessous quelle est la puissance de la 5G, en matière de débit, comparée aux réseaux précédents :

Débit de la 5G

Grâce à son haut débit la 5G permet des usages toujours plus exigeants (téléchargement d’un film de 4 GO en 10 secondes contre 3 mn en 4G), mais elle aura aussi à terme un temps de latence réduit à 1 milliseconde, ce qui promet une navigation beaucoup plus réactive, offrant une expérience de navigation beaucoup plus confortable et des usages dans des domaines tels que les véhicules connectés, la conduite autonome, l’industrie 4.0, la télémédecine…

Enfin la 5G sera capable de supporter une multitude d’objets connectés simultanément. Casque de Réalité Virtuelle, Réalité Augmentée, mais aussi domotique, caméra drone, tous ces objets, et bien d’autres, pourront se connecter au réseau 5G en même temps, sans risque de saturation.

Sur le plan technique on parle de l’eMBB (enhanced Mobile BroadBand) qui permet un débit important (>1 Gbps), de l’URLLC (Ultra Reliable and Low Latency Communications) qui permet un temps de réponse dérisoire entre deux appareils, et du mMTC (massive Machine-Type Communications) qui offre une densité d’appareils au km2 nettement supérieure à la 4G. Cependant ces trois caractéristiques ne peuvent pas être utilisées en même temps. Elles sont propres à leurs applications, comme le streaming, la voiture autonome, la santé ou l’industrie. C’est pour cette raison que l’on trouve beaucoup d’usages différents à la 5G.

L’apport de la 5G à l’Intelligence Artificielle

L’algorithmique sera la clé de bon nombre de solutions. Ainsi, il y aura beaucoup de prédictions basées sur les données récoltées de part et d’autre d’un site, et même associées avec d’autres sites. De cette manière, une multitude de signaux faibles pourront être pris en compte permettant d’identifier des anomalies impossibles à déceler par l’Homme.

On peut également revenir à l’émergence des robots dans les usines. Dans cette phase, la collaboration homme-robot devra être efficace et sûre à mesure que de plus en plus de robots industriels entreront dans les ateliers de production aux côtés des travailleurs humains. Les progrès de l’Intelligence Artificielle seront au cœur de ce développement, permettant aux robots de gérer davantage de tâches cognitives et de prendre des décisions autonomes basées sur des données sur l’environnement traitées en temps réel, optimisant davantage les processus.

Finalement, grâce à l’intelligence artificielle et à la 5G, se dessine un futur radieux pour l’industrie. Cette fameuse industrie 4.0 doit encore voir émerger ses systèmes et systèmes de systèmes, mais il ne fait aucun doute que la valeur ajoutée qu’ils représenteront poussera leur développement et leurs intégrations.

On voit donc que le réseau 5G est le réseau de communication qui permettra le développement de l’usage de l’Intelligence Artificielle dans tous les besoins du quotidien qu’ils soient domestiques ou professionnels.

5G/Intelligence Artificielle et écologie

Le développement des technologies liées à l’intelligence artificielle (IA) s’appuie donc sur des supports numériques tels que les ordinateurs, les centres de données et, prochainement, le déploiement de la cinquième génération des standards pour la téléphonie mobile (5G).

Les ingénieurs des télécommunications prédisent qu’à terme la 5G permettra d’atteindre 90 % de réduction de la consommation d’énergie du réseau en utilisant des modules particulièrement économes, limitant ainsi l’impact sur l’environnement. Mais d’un autre côté l’impact écologique de l’IA est indissociable de celui du numérique dans son ensemble.

Les ressources minières nécessaires aux technologies du numérique ne sont pas infinies. Par exemple, le cobalt est un métal rare indispensable dans la fabrication des piles des téléphones intelligents et des batteries des véhicules électriques (autonomes ou pas), entre autres. La République démocratique du Congo produit 60 % de l’approvisionnement mondial en cobalt, et plusieurs entreprises ont été poursuivies pour l’exploitation d’enfants dans ces mines.

Une demande accrue de nombreux métaux rares exploités le plus souvent dans les pays du Sud est inévitable, et souvent synonyme de violations de droits humains, de tensions géopolitiques et d’une concurrence féroce pour l’accaparement des ressources, souvent au détriment des populations locales.

L’extraction des matières premières et leur transformation en composantes électroniques génèrent des répercussions écologiques non négligeables : épuisement de ressources abiotiques, pollutions causées entre autres par les produits chimiques utilisés dans le processus, émissions de gaz à effet de serre (GES), etc. A titre d’exemple, les résidus miniers sont souvent rejetés directement dans les nappes phréatiques ou dans la mer, ce qui a des effets néfastes sur la santé des écosystèmes et sur les populations locales. Leur présence contribue aussi à la détérioration de la qualité des sols.

Dans le contexte de la pandémie de la COVID-19, de nouveaux enjeux se posent autant en ce qui concerne l’utilisation accrue des technologies numériques par des populations en confinement, et de nombreux travailleurs et travailleuses en télétravail, qu’en ce qui a trait à la perturbation de l’ensemble des activités économiques, incluant les activités minières.

L’empreinte carbone du numérique est très mauvaise. Toutes les étapes du cycle de vie d’un équipement numérique – extraction des minerais, transformation en composantes électroniques, distribution et commercialisation, utilisation et fin de vie – nécessitent, en règle générale, de l’énergie fossile. On estime à 3,8% les émissions mondiales de GES pour 2018.

Aussi, en dehors de la croissance continue du nombre d’utilisateurs, qui joue un rôle important, et concernant plus spécifiquement l’IA, l’augmentation actuelle du nombre d’objets connectés aggrave les impacts environnementaux. De plus, l’entraînement des algorithmes qui permettent de reconnaître la voix, de mieux gérer le trafic urbain ou encore de rendre possible la voiture autonome est un processus extrêmement énergivore. Les data centers – qu’on appelle aussi « fermes de serveurs » –, qui hébergent et traitent des masses colossales de données nécessaires au fonctionnement de tous ces algorithmes, génèrent de 2 % à 5 % des émissions mondiales de GES.

Dès lors, force est de constater que la contribution actuelle des nouvelles technologies au réchauffement global de notre planète est loin d’être négligeable.

Conclusion

L’avènement de la 5G, et l’essor que cela permettra aux applications liées à l’Intelligence Artificielle, ne doivent pas nous faire ignorer les risques écologiques qui y sont rattachés. Certains prétendent que les algorithmes de demain, censés nous aider à réduire nos GES auront en un effet positif, mais cela n’est pas garanti.

L’IA possède par ailleurs un caractère performatif, instantané, utilitariste. Elle laisse peu de place à la compréhension plurielle du monde dans lequel on vit. Notre rapport au vivant ainsi que notre façon de penser le monde s’en trouvent transformés et déformés de même que notre façon de penser le monde, alors que se produit une montée en puissance de l’ingénierie.

Comme le mentionne Frédéric Bordage au sujet du numérique dans son ensemble, « l’enjeu ne se limite donc pas à la réduction de ses dégâts environnementaux, mais aussi à son usage raisonné : c’est désormais une question de résilience pour l’humanité », précise-t-il. Laisser l’IA se déployer sans limites reviendrait ainsi à la desservir.

Dès lors, la solution ne sera-t-elle pas de restreindre l’IA à des usages essentiels ? Il n’est pas impossible que d’ici quelques années, par la force des choses, ce soit en ces termes que la question se pose.

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