Je vous présente ici une photographie du patrimoine économique de la France en 2020 (avec son évolution entre 2013 et 2020), mais aussi des revenus et de leur composition exacte, et enfin du taux de pauvreté car on ne saurait exclure ce point quand on parle de patrimoine ou de revenus moyens. En effet sous les chiffres moyens se cachent des disparités en matière de pauvreté, suivant la tranche d’âge à laquelle on appartient ou suivant qu’on est propriétaire ou simple locataire.
La lecture de cet article peut se compléter par celle d’autres articles que vous trouverez dans ce blog, comme « L’état de la France en 2012 – 1 – Le patrimoine économique de la France » publié en mars 2015, « Evolution du patrimoine économique de la France en 2013 » publié en octobre 2015, ou encore « Pour une fiscalité plus simple et plus équitable » datant de novembre 2015.
Le patrimoine économique de la France en 2020
J’ai été interpellé par une note de la Banque de France, parue le 1er octobre 2021, qui indiquait en substance que : « Le patrimoine économique national s’élève à 17 682 milliards d’euros, soit 9,6 fois le produit intérieur net. Il continue d’augmenter malgré la crise sanitaire (+ 6,9 % en 2020, après + 5,7 % en 2019), soutenu par les prix de l’immobilier. En particulier, le patrimoine des ménages progresse nettement (+ 6,4 % en 2020, après + 7 % en 2019) pour atteindre 13 440 milliards d’euros. Celui des sociétés non financières (SNF) accélère (+ 11,2 % en 2020, après + 4,3 % en 2019) et atteint 3 372 milliards d’euros. Celui des sociétés financières s’accroit également (+ 23 %) et s’élève à 682 milliards d’euros, porté par une hausse de leur patrimoine financier. En revanche, le patrimoine des administrations publiques décroît fortement (– 126 milliards d’euros) en raison de la dette accrue pour financer les mesures de soutien des revenus ; il s’élève à 188 milliards d’euros en 2020. »
On retrouve ces éléments en détail dans le tableau ci-dessous, qui reprend également, pour comparaison, les chiffres de 2013 (que j’avais publié dans mes articles de 2015) :
Patrimoine économique de la France 2013 à 2020
Le patrimoine des ménages s’établit ainsi fin 2020 à 13 440 milliards d’euros, soit 9,3 fois leur revenu disponible net, en hausse de 6,4 % sur un an.
Leur patrimoine non financier, quasi exclusivement constitué des biens immobiliers, a ainsi progressé de 26,5% depuis 2013 (et +12% sur les deux dernières années).
Il est notamment tiré par l’accroissement marqué des prix de l’immobilier fin 2020, et cela même si la crise sanitaire perturbe la dynamique des ventes immobilières en provoquant une contraction de l’investissement (on vend moins mais plus cher).
Enfin, fait majeur de ces données chiffrées c’est l’appauvrissement des administrations publiques avec une chute de près des deux tiers (-65,7%) entre 2013 et 2020. Ce sont les effets de l’endettement des administrations (le « Quoi qu’il en coûte ») pour faire face à la crise de la Covid-19.
La richesse des ménages
Dans ce tableau on note que le patrimoine moyen augmente de 21,5% entre 2013 et 2020. Même si le prix de l’immobilier a permis de maintenir le patrimoine des ménages l’on constate que la part de l’immobilier a néanmoins baissé dans le total du patrimoine moyen.
La crise sanitaire a en effet eu deux effets : d’une part une protection des revenus par des mesures de soutien mises en place par le gouvernement français, et d’autre part une baisse des dépenses des ménages en raison des mesures sanitaires (confinements et restrictions diverses). La conjonction des deux a entraîné une hausse historique de l’épargne des ménages.
Les placements en numéraire et dépôts à vue ont bondi à 95,8 milliards d’euros en 2020 contre 48,5 milliards en 2019, et les livrets d’épargne ont vu leurs dépôts augmenter de 66,8 milliards d’euros en 2020, après une hausse de 40,2 milliards en 2019.
Bien évidemment la richesse moyenne des ménages ne signifie pas grand-chose, sauf à mesurer la richesse des Français en général et à la comparer avec d’autres pays. Plus parlant est le patrimoine moyen par décile.
L’INSEE partage les différentes catégories de patrimoine suivant des tranches de 10%, dites déciles. Le premier décile regroupe les 10% de ménages les moins fortunés, et le dixième décile, la tranche des ménages les plus fortunés.
On constate donc dans ce tableau que le patrimoine moyen des 10% des ménages les moins fortunés est en moyenne de 1 800€ et que celui des 10% les plus fortunés s’établit à une moyenne de 1 279 000€. Les deux tranches ne jouent vraiment pas dans la même catégorie.
Et le dixième décile lui-même cache de nombreuses disparités entre les riches et les très riches. Reportez-vous pour en savoir plus à mon article de janvier 2019 intitulé « Les riches se portent plutôt bien. Merci ! ».
Les revenus des ménages, source de leur patrimoine
Intéressons-nous maintenant à la source de la constitution de ce patrimoine, à savoir les revenus des ménages.
Les principaux revenus des ménages proviennent des revenus d’activité (74,5%), et pour une très grande part des revenus salariaux (les 2/3).
Les retraites et pensions représentent plus de 28% des revenus, et les autres types de revenus dont ceux du patrimoine lui-même pèsent pour un peu plus de 10%.
Ce tableau permet de voir également le poids des diverses prestations sociales que certains candidats aux futures élections présidentielles commencent à décrier : les indemnités de chômage ne représentent que 3% des revenus d’activité (et sans doute encore moins très bientôt avec l’application de la nouvelle réforme de l’assurance chômage) ; les prestations sociales quant à elles représentant 5,5% de l’ensemble des revenus. Je vous laisse apprécier le poids de ces mesures sociales à la vue de ces chiffres.
Tous les pourcentages étant calculés sur les revenus avant imposition, le total de 100% est atteint en y retirant la part de l’impôt sur ces revenus qui s’élève à 18,5%.
Le niveau de vie moyen des ménages français
Le niveau de vie moyen des ménages français est aussi intéressant à étudier quand on parle de revenus et de patrimoine.
La médiane du niveau de vie en France s’établissait en 2018 (derniers chiffres officiels) à 21 730€ par ménage. Je rappelle qu’en mathématiques, la moyenne correspond à la somme des valeurs divisée par le nombre de valeurs, alors que la médiane indique le point central d’un ensemble de valeurs, le partageant en deux parties, avec autant de valeurs en dessous et au-dessus de ce nombre. En termes de niveau de vie la médiane est donc plus intéressante (50% des Français vivent avec moins de 21 730€ par an, et 50% avec plus).
Pour mémoire, près d’un ménage sur deux n’est pas imposable sur les revenus.
Le taux de pauvreté (que j’ai déjà traité dans plusieurs articles sur la comparaison des performances de l’économie française avec les autres pays européens) représente la part de la population gagnant moins de 60% du revenu médian du pays (soit ici moins de 13 038€ par an. Il s’établissait à 14,6% en 2018.
Bien évidemment, comme pour le patrimoine, les revenus moyens sont bien différents suivant le décile auquel on appartient.
Les 10% des ménages les plus pauvres vivent avec un revenu annuel moyen de 8 400€ (souvent correspondant pour une grande partie à des prestations sociales). Et les 10% des ménages les plus riches (dixième décile) vivent avec un revenu annuel moyen de 57 160€, soit près de 7 fois plus.
Quelles sont les personnes les plus touchées par la pauvreté en France ?
Le taux moyen de 14,6% recouvre bien entendu pas mal de disparités. L’une de ces principales disparités est le taux de pauvreté suivant la classe d’âge à laquelle on appartient.
Ce tableau montre de manière évidente que la pauvreté touche plus les personnes jeunes à cause notamment des difficultés à entrer sur le marché du travail, et de la précarité de certains de ces emplois.
Ils n’aiment pas l’entendre dire, mais force est de constater que les retraités d’hier sont aussi les mieux préserver au niveau du taux de pauvreté (moins de 10% des plus de 75 ans). Il est aussi normal, après avoir terminé une carrière professionnelle, quelle qu’elle soit, d’avoir pu acquérir son logement, voire mis de l’argent de côté.
C’est ce que démontre le tableau suivant.
Le taux de pauvreté affecte plus les locataires que les propriétaires. On s’en doutait, mais ces chiffres le confirment : plus de 28% des locataires sont classés dans la pauvreté.
Conclusion
J’espère que cet article apportera un éclairage, le plus complet possible, sur le patrimoine économique de la France en 2020.
On peut se réjouir que ce patrimoine augmente sur le plan général, mais on peut aussi regretter que ce soit par la montée des prix de l’immobilier (rendant difficile la primo-acquisition), et la baisse des dépenses de consommation et d’équipement (néfaste pour l’emploi tout en appauvrissant les administrations publiques comme on l’a vu).
Et, plus particulièrement, cette augmentation du patrimoine des ménages français cache de profondes disparités entre, notamment, un jeune essayant d’entrer dans la vie active et un salarié plus âgé, entre ceux qui sont propriétaires et ceux qui ne sont que locataires, et avec des différences importantes de revenus suivant le décile de la population auquel on appartient.
Pour conclure, une France riche, mais avec des inégalités encore très fortes, des minimaux salariaux encore trop bas, et une partie de la population beaucoup plus en difficulté que les mieux nantis.
A mon sens, il y a là plus de sujets à débattre dans un proche avenir que le « grand remplacement » ou « l’assistanat ». A suivre.















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