Pour faire suite à mon article de mai 2016, qui s’appuyait sur les chiffres de 2014, nous allons faire le point sur les évolutions qui sont intervenues dans le mix énergétique et le mix électrique de la France alors que le changement climatique, de plus en plus visible, sonne comme une urgence à bouger les lignes de notre politique énergétique.

Le point sur le mix énergétique français

D’abord rappelons qu’on appelle mix énergétique (ou bouquet énergétique) l’ensemble des ressources d’énergie qu’exploite un pays pour satisfaire ses besoins de consommation. On entend par là toutes les énergies primaires servant à la production d’électricité, de carburants et de chaleur ou de froid pour les logements et l’industrie. Le mix énergétique (ou bouquet énergétique) inclut les énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon), le nucléaire, les déchets et les diverses énergies renouvelables (biomasse, éolien, géothermie, hydraulique et solaire).

Ces énergies primaires sont utilisées pour produire de l’électricité, des carburants pour les transports, de la chaleur ou du froid pour l’habitat ou l’industrie.  

Nous constations dans mon article de 2016 que le mix énergétique de la France était resté stable depuis le début des années 2000. A-t-il fondamentalement changé depuis, en raison de l’urgence climatique, ou au moins voit-on déjà une amorce de changement ?

  Mix énergétique de la France au niveau énergie primaire

Mix énergétique de la France au niveau primaire

On note un changement au niveau des énergies renouvelables, principalement dû à l’essor des biocarburants, des pompes à chaleur et de la filière éolienne. Les transports, le chauffage et l’industrie sont toujours fortement consommateurs de pétrole, énergie fossile éméttrice de CO².

Dans le classement des 27 pays de l’Union européenne selon la part de leur consommation finale brute d’énergie produite à partir de sources renouvelables, la France occupait toujours la 17e position en 2019. 

Il va donc s’agir d’accélérer la transition énergétique malgré les lobbies des énergies fossiles, mais aussi du nucléaire qui reste une solution dangereuse.

Utilisation du mix énergétique

Utilisation du mix énergétique

Sans surprise, à ce niveau pas de changement majeur. Les usages restent à peu près similaires à l’exception de la consommation des industries qui est en nette baisse, au profit du résidentiel et du tertiaire.

Comment a évolué notre mix électrique depuis 2014 ?

Nous avions déjà dit que le mix énergétique ne devait pas être confondu avec le « mix électrique » (celui auquel font référence les politiques quand ils parlent de la part du nucléaire).

Le mix électrique définit la part du thermique, du nucléaire ou encore de l’hydraulique et des autres énergies renouvelables dans la production d’électricité. De ce fait, il n’intègre pas les problématiques liées à l’énergie des transports et à de larges secteurs de l’industrie. Le mix électrique se compose de toutes les énergies que la France utilise pour créer l’électricité mise à la disposition de son réseau public de distribution de l’énergie électrique. Ce mix électrique varie à chaque minute de la journée et qu’il est rarement le même d’une journée sur l’autre. Cela dépend des consommations réelles des Français, de la météo, de la saison…

Dans les faits, l’électricité représente environ 22% de la consommation totale d’énergie primaire en France (les transports, le chauffage et l’industrie utilisant plus les énergies primaires non électriques, comme le pétrole, le gaz et dans une moindre mesure le charbon).

En revanche le développement des véhicules électriques peut permettre la diminution de l’usage du pétrole servant à la production des carburants. Pour que cela soit vertueux faut-il encore que la part des énergies renouvelables augmente fortement dans le mix électrique.

Nous avions vu qu’en 2014 le mix électrique avait peu évolué depuis le début de ce siècle (un peu plus d’énergies renouvelables mais à peine), et que plus de 75% de la production française d’électricité était d’origine nucléaire. C’est unique en Europe (un peu comme l’utilisation du chauffage électrique d’ailleurs). Aucun autre pays ne permet que sa production d’électricité soit à ce point dominée par une seule et même énergie. La France se situe au premier rang, dans le monde, pour l’importance du nucléaire dans le mix énergétique.

Mix électrique b

Le nucléaire a diminué de 8% au profit principalement des énergies renouvelables (+ 4% dans l’éolien, et +3% pour le solaire et les bioénergies).

Du mieux donc, mais rappelons que le débat politique en 2014 portait sur la réduction de la part du nucléaire à moins de 50% à l’horizon 2025 et 30% en 2030 (engagement à l’origine de François Hollande).

Nous sommes au début de l’année 2023 et la baisse de la part du nucléaire à 50% dans les deux prochaines années est impossible, d’autant plus que le gouvernement actuel a relancé cette filière avec le projet d’implantation de nouveaux réacteurs nucléaires. Les seuls changements à attendre seront la disparition des énergies fossiles dans la production d’électricité au profit des énergies renouvelables.

L’argument avancé par les défenseurs de l’énergie nucléaire est notamment que le coût de production est bon marché. Ainsi le prix du KWh d’électricité en France est moins cher que la moyenne de l’Union Européenne (0.2203€ le KWh contre 0.1946€ en France en 2021). Ceci a été rendu possible car, au sein des coûts complets de la filière nucléaire, les coûts d’investissement occupent une place prépondérante alors que les coûts de fonctionnement sont faibles. Le parc nucléaire étant maintenant ancien, les coûts d’investissement ont déjà été amortis et la France peut produire de l’électricité avec un coût marginal faible en comparaison de ses voisins. C’est ce qu’on appelle la rente nucléaire.

On voit aujourd’hui que cela ne tient plus, au regard de l’état des principales centrales nucléaires, nécessitant des travaux importants de remise en état pour les prolonger, et en supplément le coût à prévoir pour les nouvelles centrales annoncées. Mais le lobby nucléaire reste puissant.

Un mix électrique 100% renouvelable est-il possible?

Je rappelle que l’ADEME a publié fin 2015 les résultats d’une étude relative à l’exploration technique du déploiement des énergies renouvelables au sein du mix électrique. Les principaux résultats de cette étude étaient les suivants :

— Plusieurs mix électriques sont techniquement possibles pour satisfaire la demande chaque heure de l’année avec 80 ou 100% d’énergies renouvelables ;

— Le développement de la maîtrise de la demande d’électricité, ainsi que la maîtrise de la pointe, sont des conditions essentielles : sans elles, quel que soit le mix intégrant notablement des énergies renouvelables , le coût du système électrique n’est pas maîtrisé ;

— Le coût des technologies doit continuer à baisser, surtout pour les technologies les moins matures, afin de permettre un mix équilibré entre les différentes filières de production d’électricité. Cette baisse de coût peut s’envisager grâce au progrès technologique mais également via la mise en place de conditions de financement appropriées pour les énergies renouvelables ;

— L’acceptabilité sociale est cruciale pour permettre la réalisation d’un nouveau mix électrique sur le terrain, dans les meilleures conditions : complémentarité entre productions domestiques et productions centralisées, interconnexion renforcée par le réseau électrique, redistribution des revenus générés par la production d’énergie…

Conclusion

L’électricité ne représentant qu’un quart de la consommation d’énergie en France, les meilleurs moyens de rendre notre système énergétique plus durable dans son ensemble résulteront d’une analyse globale et non de l’examen séparé de chaque vecteur (électricité, gaz, produits pétroliers, chaleur).

Comme je le disais en 2016, des progrès technologiques significatifs relatifs aux énergies renouvelables sont régulièrement observés (développement des hydroliennes par exemple).

Il faut donc des investissements massifs dans les énergies renouvelables, au travers de subventions publiques ou d’investissements directs de groupes publics, pour donner une vraie impulsion au développement des énergies renouvelables.

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Je suis aujourd’hui retraité mais j’ai occupé, tout au long de ma vie active, des postes de dirigeants dans plusieurs sociétés françaises et étrangères. Cela m’a permis de voyager dans le monde entier, de rencontrer des cultures différentes et d’être confronté à des modèles de pensée et des visions économiques différentes.

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